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Pendant que les eaux montent, les médias peuvent encore sauver des vies !
Quand les pluies diluviennes frappent, la meilleure information n'est pas celle qui raconte la catastrophe, mais celle qui aide à l'éviter.
Depuis plusieurs jours, les fortes pluies qui s'abattent sur plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest rappellent une réalité devenue presque saisonnière. Des routes coupées, des quartiers inondés, des habitations emportées, des familles contraintes de fuir et, malheureusement, des pertes en vies humaines. Les services météorologiques avaient annoncé une saison particulièrement humide et les agences humanitaires alertaient depuis plusieurs semaines sur un risque élevé d'inondations dans plusieurs pays de la sous-région.
Comme chaque année, les rédactions couvrent largement les dégâts : images spectaculaires de voitures emportées, maisons effondrées, populations submergées par l’eau. Ces reportages sont nécessaires. Mais une question mérite d'être posée. Et si les médias faisaient mieux que raconter les dégâts ?
Passer du journalisme de l'émotion au journalisme de service
Lorsqu'un orage éclate, beaucoup de médias ouvrent leurs journaux par des images impressionnantes. Pourtant, la première attente des populations, en de pareilles circonstances, est souvent beaucoup plus simple :
"Puis-je rentrer chez moi ?"
"Quelle route dois-je éviter ?"
"Mon quartier est-il concerné ?"
"Où trouver un refuge ?"
Ces réponses sont rarement disponibles dans les premiers flashs d'information.
Les rédactions gagneraient à adopter une logique de journalisme de service, où chaque édition spéciale répond à une question pratique.
Au lieu de dire :
"De fortes pluies sont attendues cette nuit."
Dire plutôt :
"Si vous habitez près d'un cours d'eau, dans un bas-fond ou un quartier régulièrement inondé, évitez les déplacements autant que possible. Ne tentez jamais de traverser une chaussée recouverte d'eau, même si elle paraît peu profonde."
Une telle information peut avoir davantage d'impact qu'un long reportage diffusé le lendemain.
Transformer la rédaction en cellule d'information utile
Pendant les épisodes de fortes pluies, la rédaction devrait fonctionner presque comme une cellule de crise.
Une équipe suit les informations officielles ; une autre vérifie les signalements envoyés par les citoyens ; une troisième actualise en permanence les informations de circulation et une quatrième répond aux questions du public sur les réseaux sociaux.
Dans plusieurs pays, les radios locales sont souvent les premiers médias consultés pendant les intempéries. Elles disposent d'un avantage incomparable : elles peuvent interrompre leurs programmes en quelques secondes pour diffuser une information urgente.
Toutes les trente minutes, elles pourraient rappeler les mêmes messages essentiels :
quelles routes sont fermées ;
quels ponts sont dangereux ;
quelles écoles servent d'abris ;
quels numéros d'urgence appeler.
La répétition sauve des vies.
Contenir la désinformation
Les réseaux sociaux ne doivent pas devenir des amplificateurs de rumeurs. Chaque catastrophe produit son lot de fausses informations. Une vieille vidéo devient soudain "les inondations de ce matin". Une photo prise dans un autre pays circule comme si elle provenait du quartier voisin.
Un faux message annonce l'ouverture d'un barrage. Une rumeur évoque des dizaines de morts avant toute confirmation.
Dans ces moments, la première responsabilité d'une rédaction est de ralentir la désinformation.
Avant de partager une vidéo spectaculaire, trois vérifications simples devraient devenir systématiques :
Où a-t-elle été filmée ?
Quand a-t-elle été enregistrée ?
Qui en est la source ?
Publier cinq minutes plus tard mais avec une information exacte vaut mieux que participer à la propagation de la panique.
Donner la parole aux bons experts
En période de crise, les interlocuteurs fiables sont à privilégier dans la collecte et la diffusion de l’information.
Les médias devraient accueillir davantage :
les météorologues ;
les officiers des sapeurs-pompiers ;
les responsables de la protection civile ;
les médecins urgentistes ;
les autorités municipales.
Le citoyen attend avant tout des conseils concrets. Comment couper son électricité avant une évacuation ? Pourquoi ne faut-il jamais déplacer une personne électrocutée ? À partir de quelle hauteur d'eau une voiture peut-elle être emportée ? Ce sont ces informations qui changent les comportements.
Les populations locales, les meilleurs correspondants
Aujourd'hui, chaque téléphone portable est un potentiel capteur d'information.
Les rédactions pourraient créer un numéro WhatsApp unique permettant aux habitants d'envoyer :
des photos géolocalisées ;
des routes impraticables ;
des arbres tombés ;
des montées d'eau.
Après vérification, ces informations pourraient alimenter une carte actualisée en continu.
Le public ne serait plus seulement consommateur d'information mais pourrait devenir un acteur de la sécurité collective.
Les médias comme premier maillon de la chaîne de secours
Lorsqu'une catastrophe survient, les secours ne peuvent pas être partout au même moment.
Les médias, eux, peuvent atteindre des millions de personnes en quelques minutes.
Une radio qui annonce qu'un pont est submergé peut éviter des dizaines d'accidents.
Une télévision qui diffuse les consignes d'évacuation peut convaincre une famille de quitter une zone dangereuse. Une publication Facebook vérifiée peut empêcher des centaines de personnes de partager une fausse alerte.
Au fond, la véritable mission du journalisme pendant les fortes pluies n'est pas seulement de documenter les conséquences des inondations. Elle est d'aider les populations à prendre la bonne décision au bon moment. Car dans une catastrophe, une information utile diffusée cinq minutes plus tôt vaut souvent davantage que les plus belles images diffusées cinq heures plus tard.
Ne laisser personne de côté : une information accessible à tous
Dans les situations d'urgence, les premières victimes sont souvent celles qui reçoivent l'information en dernier. Les personnes vivant avec un handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les enfants, les migrants ou encore les populations vivant dans des quartiers précaires font face à des obstacles supplémentaires pour accéder aux informations vitales. Les médias ont donc la responsabilité de produire des contenus qui tiennent compte de cette diversité des publics. Une alerte qui n'est comprise que par une partie de la population est une alerte incomplète.
Concrètement, les rédactions peuvent adopter des mesures simples mais efficaces : intégrer un interprète en langue des signes lors des éditions spéciales télévisées ; utiliser des sous-titres systématiques pour les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ; privilégier un langage simple, sans jargon technique ; diffuser les messages en plusieurs langues nationales sur les radios de proximité ; produire des capsules audio facilement partageables sur WhatsApp pour les personnes peu alphabétisées ; et rappeler régulièrement les numéros d'urgence ainsi que les dispositifs d'assistance destinés aux personnes les plus vulnérables. Les journalistes peuvent également donner la parole aux organisations représentant les personnes handicapées afin que leurs besoins spécifiques soient pris en compte dans la couverture médiatique.
L'inclusion passe aussi par les sujets eux-mêmes. Au-delà des bilans et des images spectaculaires, les médias devraient raconter comment les personnes en fauteuil roulant évacuent un quartier inondé, comment les centres d'accueil prennent en charge les personnes âgées ou encore comment les communautés s'organisent pour protéger les enfants et les personnes isolées. En mettant en lumière ces réalités, les rédactions contribuent non seulement à sauver des vies, mais aussi à promouvoir une réponse plus humaine, plus solidaire et plus équitable face aux catastrophes.
Par Senakpon Gérard Guedegbe, Expert en Communication de risques
Président Partenariat Africain pour la Communication, l’Education et le Développement (PACT4D)


Corruption en Afrique : l’école comme principale ligne de défense
Chaque 11 juillet, l’Afrique célèbre la Journée africaine de lutte contre la corruption, instituée pour commémorer l’adoption, en 2003, de la Convention de l’Union africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption. Quarante-neuf États africains l’ont aujourd’hui ratifiée, créant des agences spécialisées, renforçant leurs lois et multipliant les mécanismes de contrôle. Pourtant, la corruption demeure l’un des principaux freins au développement du continent. Le paradoxe est saisissant : jamais l’Afrique n’a disposé d’autant d’institutions de lutte contre la corruption, mais jamais les mécanismes de fraude n’ont été aussi sophistiqués.
Selon de nombreuses estimations et études de divers organismes de lutte contre la corruption, le continent perd chaque année des dizaines de milliards de dollars à travers les flux financiers illicites, la fraude fiscale, les fausses facturations commerciales, le blanchiment d’argent, la corruption et la criminalité organisée. Ces ressources échappent aux budgets publics alors qu’elles pourraient financer des écoles, des hôpitaux, des routes ou des programmes de protection sociale.
Une corruption qui change de visage
La corruption africaine ne se limite plus aux enveloppes glissées sous la table. Elle s’appuie désormais sur des sociétés écrans, des paradis fiscaux, des cryptoactifs, des marchés publics numériques, des montages financiers internationaux, des conflits d’intérêts, des réseaux d’influence et des mécanismes sophistiqués de blanchiment. Les administrations nationales affrontent désormais des réseaux capables d’opérer simultanément dans plusieurs juridictions, avec des moyens technologiques souvent supérieurs à ceux des organes de contrôle. La conséquence est simple : les États courent derrière une corruption qui innove plus vite que les politiques publiques.
La limite des réponses exclusivement répressives
Depuis vingt ans, la plupart des pays africains ont créé des agences anticorruptions, renforcé leurs dispositifs judiciaires et adopté des lois inspirées des meilleures pratiques internationales. Ces réformes étaient indispensables. Mais elles interviennent généralement lorsque les fonds ont déjà disparu, que les marchés publics sont déjà attribués ou que les dommages économiques sont déjà irréversibles. La lutte contre la corruption ne peut donc pas reposer uniquement sur les enquêtes, les tribunaux ou les sanctions pénales. Elle doit également empêcher que les comportements corrupteurs ne s’installent.
Autrement dit, elle doit agir sur les valeurs. Les pays qui progressent ont investi dans la culture de l’intégrité. Les meilleurs résultats africains en matière de perception de la corruption ne sont pas le fruit du hasard.
Le Botswana, régulièrement classé parmi les pays les moins corrompus d’Afrique, a très tôt combiné institutions indépendantes, éducation civique, formation des fonctionnaires, contrôle interne et promotion de l’intégrité dans la fonction publique. En 2025, il obtenait un score de 58/100 à l’Indice de perception de la corruption de Transparency International, très au-dessus de la moyenne régionale.
Le Rwanda a suivi une démarche comparable. La lutte contre la corruption y est intégrée à une vision plus large de transformation vers une économie fondée sur la connaissance. Les programmes scolaires, la formation des agents publics, les campagnes de sensibilisation, les déclarations obligatoires de patrimoine et l’action de l’Office de l’Ombudsman contribuent à faire de l’intégrité une valeur publique. Le pays figure aujourd’hui parmi les plus performants d’Afrique dans les classements internationaux.
Ces expériences montrent une réalité essentielle : les institutions répriment les actes de corruption ; l’éducation réduit la probabilité qu’ils soient commis.
L’école : la première agence anticorruption
Former un magistrat anticorruption est indispensable. Former des millions d’enfants à l’intégrité est stratégique. La corruption est rarement un comportement spontané. Elle s’apprend par imitation, par banalisation et par tolérance sociale. À l’inverse, l’intégrité peut aussi s’apprendre. L’école constitue le premier espace où les citoyens découvrent les notions d’équité, de responsabilité, de justice, de bien commun et de redevabilité. Introduire l’éducation à l’intégrité dans les programmes scolaires ne signifie pas créer une nouvelle matière, mais intégrer ces valeurs dans l’enseignement de l’instruction civique, de l’économie, du droit, de l’histoire, de l’éducation aux médias et de l’éthique publique ; c’est poser les balises d’une société qui tourne dos aux contre-valeurs et qui choisit l’intégrité et le respect du bien public comme pilier de son développement.
Les universités, les écoles d’administration, les centres de formation professionnelle et les écoles de journalisme devraient également faire de l’intégrité un socle transversal de leurs curricula. La lutte contre la corruption ne peut plus être l’affaire exclusive des agences spécialisées. Elle doit devenir une responsabilité collective. Les médias doivent expliquer les mécanismes de la corruption plutôt que de couvrir uniquement les scandales. Les entreprises doivent renforcer leurs programmes de conformité. Les collectivités territoriales doivent développer des mécanismes de participation citoyenne. Les organisations de jeunesse doivent promouvoir des clubs d’intégrité.
Changer les mentalités afin de changer les statistiques.
Cette approche répond d’ailleurs à l’esprit de la Convention africaine contre la corruption, qui insiste autant sur la prévention que sur la répression. L’Afrique est le continent le plus jeune du monde. Cette réalité représente son plus grand défi, mais aussi sa meilleure opportunité.
Former une génération d’élèves, d’étudiants, de journalistes, d’entrepreneurs, de magistrats et de fonctionnaires qui considèrent la corruption comme moralement inacceptable aura probablement davantage d’impact que la multiplication des seules sanctions pénales.
À l’occasion de cette 11ᵉ Journée africaine de lutte contre la corruption, le PACT4D appelle les gouvernements africains à faire de l’éducation à l’intégrité une priorité nationale. Il est temps de considérer les écoles, les universités, les médias et les centres de formation comme les premières lignes de défense contre la corruption. Les lois punissent les corrupteurs. Les tribunaux condamnent les coupables. Mais seules l’éducation et les structures permanentes d’apprentissage peuvent empêcher que les corrupteurs de demain ne voient le jour. C’est en construisant une culture de l’intégrité, dès le plus jeune âge, que l’Afrique pourra durablement transformer la gouvernance publique, restaurer la confiance des citoyens et libérer les ressources indispensables à son développement.
Senakpon Gérard Guedegbe,
Président du Partenariat Africain pour la Communication, l’Éducation et le Développement (PACT4D)


Communiqué de presse
Journée internationale de la lutte contre les discours de haine
Le PACT4D appelle à neutraliser le discours de haine pour préserver la cohésion sociale en Afrique
Abidjan, le 18 juin 2026
À l'occasion de la Journée internationale de la lutte contre les discours de haine, le Partenariat Africain pour la Communication, l'Éducation et le Développement (PACT4D) appelle les gouvernements, les médias, les plateformes numériques, les organisations de la société civile et les citoyens africains à renforcer leur engagement contre toutes les formes de haine, d'intolérance et de stigmatisation qui menacent la paix et la cohésion sociale sur le continent.
Dans une déclaration marquant cette journée, le Président du PACT4D, Senakpon Gérard Guedegbe, a exprimé sa profonde préoccupation face à la montée des discours de haine dans les espaces publics et numériques africains.
« Les discours de haine ne sont jamais de simples mots. Ils constituent souvent les premières étapes d'un processus de déshumanisation pouvant conduire à la discrimination, à l'exclusion et parfois à la violence », a-t-il déclaré.
Le PACT4D souligne que l'Afrique est aujourd'hui confrontée à plusieurs formes préoccupantes de discours haineux, notamment les violences xénophobes, les intolérances ethniques et religieuses ainsi que les campagnes de stigmatisation alimentées par les rivalités politiques et géopolitiques.
L'organisation rappelle notamment les épisodes récurrents de violences xénophobes observés en Afrique du Sud, où des ressortissants africains ont été pris pour cible à la suite de discours les présentant comme responsables des difficultés économiques et sociales du pays.
Le PACT4D attire également l'attention sur la multiplication des affrontements verbaux observés sur les réseaux sociaux autour des débats géopolitiques et des questions de souveraineté nationale dans certaines régions du continent. Ces confrontations numériques se traduisent souvent par des campagnes d'insultes, de désinformation et de stigmatisation entre citoyens de pays africains pourtant unis par une histoire et des aspirations communes.
Selon M. Guedegbe, « les divergences politiques ou géopolitiques sont légitimes dans toute démocratie. Cependant, elles ne doivent jamais servir de prétexte à la haine, à la discrimination ou à la remise en cause de la dignité humaine ».
Face à ces défis, le PACT4D appelle à une responsabilité accrue des acteurs de la communication et formule plusieurs recommandations prioritaires :
Renforcer l'éducation aux médias et à l'information afin de développer l'esprit critique des citoyens ;
Former les journalistes et communicants à l'identification et à la prévention des discours de haine ;
Développer des mécanismes de veille et d'alerte précoce sur les contenus haineux en ligne ;
Promouvoir des récits positifs valorisant la diversité culturelle, religieuse et linguistique du continent ;
Encourager le dialogue interculturel et interreligieux comme outil de prévention des conflits ;
Renforcer la responsabilité des influenceurs et des créateurs de contenus numériques ;
Favoriser l'adoption d'approches de communication sensibles aux conflits dans les institutions publiques et privées.
Le PACT4D rappelle que : « L'Afrique a besoin d'un espace public fondé sur le respect, la vérité, le dialogue et la solidarité. Nos différences doivent être une source de richesse et non de confrontation », a conclu le Président du PACT4D.
À propos du PACT4D
Le Partenariat Africain pour la Communication, l'Éducation et le Développement (PACT4D) est une plateforme panafricaine dédiée au renforcement des capacités, à la promotion d'une communication responsable, à l'éducation citoyenne et au développement durable. À travers ses académies, formations, conférences, projets de terrain et campagnes de sensibilisation, le PACT4D accompagne les acteurs du changement dans la construction d'une Afrique plus inclusive, résiliente et prospère.
Contact presse :
Partenariat Africain pour la Communication, l'Éducation et le Développement (PACT4D)
Email : info@pact4d.org
Site web : www.pact4d.org
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